La diversité des espèces de la faune sauvage nocturne dans les zones habitées est importante. Elle est toutefois menacée par l’augmentation de la pollution lumineuse due à l’éclairage artificiel. Une nouvelle étude a été publiée à ce sujet. Réalisée sur mandat de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) par le groupe de recherche et de conseil SWILD en collaboration avec l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL), elle a examiné comment mieux concilier les besoins des êtres humains et ceux de la faune sauvage face à l’éclairage artificiel nocturne. La lumière artificielle nocturne augmente Les espaces urbanisés et les infrastructures de la Suisse s’étendent et entraînent une fragmentation croissante du paysage par l’urbanisation. Cette évolution s’accompagne d’un éclairage artificiel qui ne cesse d’augmenter depuis des années. Les zones d’habitation constituent toutefois également des habitats pour de nombreux animaux sauvages, dont certaines espèces revêtent une importance particulière pour la conservation de la nature. La lumière artificielle est un facteur qui peut avoir des effets négatifs considérables aussi bien sur la faune sauvage que sur les êtres humains vivant dans les zones urbanisées. © Fabio Bontadina / swild.ch Les entrées de bâtiments et les cages d’escalier sont souvent éclairées toute la nuit et diffusent de la lumière dans les environs. © Fabio Bontatina / swild.ch L’éclairage devrait être planifié de manière à n’éclairer que les endroits où la lumière est nécessaire, et uniquement aux moments où elle est utile. De nombreux animaux sauvages nocturnes dépendent de l’obscurité Alors qu’il apparaît de plus en plus clairement qu’un excès de lumière artificielle nuit à la santé humaine, les effets perturbateurs de la lumière artificielle sur les animaux sauvages ne font encore l’objet que d’études préliminaires. La majorité des animaux sauvages indigènes sont nocturnes, et bon nombre de ces espèces ont besoin de l’obscurité pour survivre. Jusqu’à présent, les conflits potentiels entre les besoins et les souhaits de la population dans les zones urbanisées et les exigences des animaux sauvages nocturnes sont toutefois rarement pris en compte. Projet interurbain : réactions des êtres humains et des animaux sauvages à la lumière Dans le cadre d’un projet, SWILD, en collaboration avec le groupe de recherche en sciences sociales du paysage de l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage WSL, a étudié, sur mandat de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), l’attitude de différents groupes de population à l’égard des animaux sauvages nocturnes et de l’obscurité nocturne, ainsi que les mesures de réduction de la lumière artificielle privilégiées par la population. Par ailleurs, une étude écologique a permis d’examiner les liens entre la lumière artificielle, la présence et l’activité des animaux sauvages nocturnes. Deux groupes d’espèces d’importance pour les écosystèmes ont été au centre de cette analyse : les chauves-souris et les petits mammifères.Le projet a été mené dans trois villes suisses : Lausanne, Saint-Gall et Zurich. Il a également intégré des données issues des observations signalées par le public ainsi que des données de terrain provenant des projets StadtWildTiere et Nos voisins sauvages. © Fabio Bontadina / swild.ch La rare pipistrelle pygmée, qui a pu être recensée dans le cadre du projet, est très sensible à la lumière. © swild.ch La musaraigne aquatique, sensible à la lumière, profite de structures végétales denses telles que des haies épaisses et des tas de branches, qui la protègent de la lumière et créent des zones sombres. La biodiversité nocturne est riche, mais limitée par la lumière artificielle La diversité des espèces dans les zones urbanisées étudiées était globalement élevée dans cette étude. Toutefois, de vastes secteurs des zones examinées n’étaient utilisés que par des espèces tolérantes à la lumière, comme par exemple les pipistrelles. Même ces espèces voyaient cependant leur utilisation de l’espace limitée à partir d’une certaine intensité de lumière artificielle.Les espèces sensibles à la lumière, comme par exemple les oreillards, n’ont pas pu être détectées dans les zones urbaines fortement exposées à la lumière artificielle lors de cette étude. Les petits mammifères, tels que les musaraignes et les souris, recherchaient des niches sombres la nuit comme habitats. Ils étaient limités aux sites protégés de la lumière par des structures telles que des buissons, des haies, des plantes vivaces et des prairies hautes. La population urbaine est favorable à une réduction de la lumière artificielle Près de la moitié des personnes interrogées estimaient qu’il y avait trop de lumière artificielle. Elles étaient en principe favorables aux mesures visant à la réduire. Toutefois, l’acceptation des différentes mesures de réduction des émissions lumineuses variait. Ainsi, l’utilisation de détecteurs de mouvement était généralement mieux acceptée que l’extinction complète des lampadaires pendant la nuit. Pour la mise en œuvre de mesures visant à réduire la lumière artificielle, la population considère que la responsabilité incombe aux communes et aux cantons, sous-estimant ainsi ses propres possibilités d’action en tant que particuliers. © Julia Felber / swild.ch Les quartiers résidentiels sont souvent fortement éclairés. Une réduction de l’intensité lumineuse et une gestion ciblée de l’éclairage au moyen de détecteurs de mouvement peuvent considérablement réduire la pollution lumineuse. Des recommandations d’action existent, mais leur mise en œuvre reste difficile Les éclairages devraient déjà aujourd’hui être limités autant que cela est techniquement et opérationnellement possible et acceptable. La Confédération a formulé à cet effet des recommandations d’action claires dans son plan en 7 points. Toutefois, ces directives et recommandations ne sont souvent pas prises en compte, et leur mise en œuvre pose fréquemment des problèmes. Dans de nombreux cas, une réduction supplémentaire de la lumière artificielle nocturne ainsi que la promotion de structures végétales dans les zones urbanisées amélioreraient la qualité des habitats, aussi bien pour la population urbaine que pour les animaux sauvages.Une fiche d’information (en allemand et en français) présente les besoins d’action ainsi que des recommandations concrètes. Des objectifs de réduction de la lumière artificielle devraient être définis et des améliorations périodiques devraient être réalisées et documentées, y compris pour les infrastructures existantes. Des mesures sont nécessaires aussi bien dans les espaces privés que publics : il faut sensibiliser aux problématiques, développer des outils de planification et mettre en place des contrôles des résultats.Vous trouverez davantage d’informations sur le projet ainsi que le rapport (en allemand mais résumé en français) à télécharger auprès de SWILD. Vous pouvez également télécharger la fiche d'information concernant le projet.